La Bulgarie passe au MiG29

Il y a encore quelques mois, le général Roumen Radev était un quasi inconnu. En octobre 2015, alors qu’il occupait le poste de commandant des forces aériennes du pays, cet homme de 53 ans avait bien fait parler de lui en démissionnant de son poste pour protester contre le manque de moyens. Mais après une conversation «brève mais virile» avec le Premier ministre Boïko Borissov, il était revenu sur sa décision. Jusqu’en août de cette année où, à la surprise générale, le général a de nouveau claqué la porte – mais cette fois-ci pour faire campagne au nom du Parti socialiste et battre à plate couture la candidate de ce même Boïko Borissov à la présidentielle du 13 novembre où il a recueilli près de 60% des voix. Un raz de marée qui a obligé le chef du gouvernement conservateur à présenter sa démission, plongeant le pays dans une nouvelle période d’instabilité politique. «Un général s’en va, un autre prend sa place», ironise la presse bulgare en référence au passé dans les forces de police du désormais ex-Premier ministre. Novice en politique, le tombeur de l’homme fort de la Bulgarie est avant tout un militaire. Un pilote de chasse brillant, de surcroît, qui avait impressionné les Sofiotes lors d’un show aérien au dessus de la capitale en 2014, en effectuant une série d’acrobaties aussi osées que périlleuses aux commandes de son MiG-29. La vidéo de ses exploits est devenue virale pendant la campagne électorale, lui attirant le surnom de « top gun de Sofia» et les sympathies d’un électorat s’étendant bien au delà de la base traditionnelle des socialistes (ex-communistes), ses mentors politiques qui, grâce au «général rouge», vivent aujourd’hui une deuxième jeunesse. Le candidat de la gauche a aussi mis un point d’honneur à mener une «campagne éthique et digne», évitant les empoignades qui accompagnent traditionnellement les débats politiques dans le pays. Très bien entouré et conseillé, ne perdant jamais son sang froid, Roumen Radev a ainsi déroulé ses arguments en faveur d’une «Bulgarie sûre, prospère et en paix», insistant beaucoup sur la «spiritualité» et la «dignité» de ses concitoyens, mis à mal selon lui par les années de transition. «S’il avait été le candidat de la droite pro-Occidentale, ils n’hésiteraient pas à le promouvoir comme le De Gaulle bulgare», s’amuse l’un de ses supporters. Un peu emprunté et mal à l’aise dans son costume trois-pièces, Roumen Radev s’est révélé aussi une personnalité plus complexe et sensible que ne laissait présager sa carapace d’ancien militaire. Son livre de chevet? Les Frères Karamazov de Dostoïevski. Lors d’un débat télévisé, le général s’est aussi lancé dans une longue exégèse de sa dernière lecture, Ulysse from Bagdad d’Eric-Emmanuel Schmitt, en dissertant longuement sur l’exil intérieur. Ce qui l’a le plus exaspéré, c’est certainement d’être affublé du label de «candidat pro-russe». Pendant la campagne électorale il a effectivement appelé à la levée des sanctions internationales contre Moscou. Tout en reconnaissant que l’annexion de la Crimée constituait une violation de la loi internationale, il a estimé que c’était une «réalité dont il vaux mieux tenir compte». Mais il a aussi dit et redit qu’il ne comptait d’aucune manière remettre en cause l’orientation euro-atlantique de la Bulgarie. «Franchement, le pays a des problèmes beaucoup plus importants que la russophilie présumée du général Radev. Et ce n’est pas ça qui intéresse les Bulgares», estime le politologue Dimitar Bechev, professeur invité au Centre d’études européennes de Harvard. Selon lui, le nouveau président est surtout un alter-ego socialiste de Boïko Borissov qui joue la carte toujours gagnante en Bulgarie d’être «toujours avec l’Occident, jamais contre la Russie». Effectivement, vu de Sofia, sa victoire présentée comme un «coup du Kremlin» en Europe de l’Est, prête à sourire. Source: vol en MiG

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